Crédit : Le Nouvelliste

« Impacts macroéconomiques du choc pétrolier international sur l’économie haïtienne », c’est le thème retenu pour l’édition spéciale du Mercredi de réflexion de la BID (Banque interaméricaine de Développement), cette semaine, organisée en ligne, via la plateforme Zoom.
Une équipe de la Banque centrale composée, entre autres, de Jean Marie Cayemitte et Jean Gardy Victor, a alimenté les débats avec la présentation des résultats d’une récente étude sur les impacts macroéconomiques du choc pétrolier international sur l’économie haïtienne. « Un choc pétrolier international devient pour Haiti un choc de
balance des paiements et de taux de change », a soutenu Jean Marie Cayemitte.
Pour mieux se faire comprendre, Jean Marie Cayemitte a rappelé que Haiti neproduit ni ne raffine d’hydrocarbures. Par conséquent, le pays a l'obligation d’importer l’ensemble des produits pétroliers consommés localement et que la facture se paie en dollars américains. Il a aussi souligné le rôle central des carburants dans le transport, la production d’électricité, la distribution des biens, les coûts de production domestiques, etc. « La facture pétrolière constitue un poste majeur de la facture d’importation. Chaque variation des prix internationaux du brut répercute mécaniquement sur la facture énergétique du pays dans un délai très court », a affirmé M. Cayemitte.
En outre, Jean Marie Cayemite a également souligné que Haïti est un paysqui importe du pétrole brut mais pas des produits raffinés. En ce sens, il a fait une comparaison entre le prix du brut ( WTI) et les prix internationaux des carburants raffinés. « Une hausse permanente de 10% du pétrole brut entraîne, à long terme, une hausse d’environ 9.6% à 10.8% des prix des produits raffinés », a - t-il indiqué.
« Le taux de change est le principal canal d’amplification du chocpétrolier en Haïti comme une hypothèse empirique centrale », a avancé Jean Marie Cayemitte. Ce dernier a mis en exergue les principaux canaux de transmission domestique du choc pétrolier. Il a commencé avec le canal externe qui provoque une hausse de la facture pétrolière et la détérioration du solde commercial pour Haiti. Ensuite, le canal du taux de change qui entraîne une hausse de la demande de devises et une forte pression sur la gourde. Quant au canal inflationniste, il entraîne la hausse des coûts du transport et de la production. Enfin, le canal budgétaire qui renvoie à un arbitrage entre la
décision d’un ajustement des prix à la pompe et d’une subvention.
Pour sa part, Jean Gardy Victor a expliqué qu’un choc pétrolier ne setransmet pas uniquement par les prix à la pompe mais aussi par la dépréciation de la monnaie et les effets de second tour. Il a clarifié ce qu’est, en réalité, un choc pétrolier et ce que cela entraîne. « Un choc pétrolier est avant tout un choc d’offre externe que la politique monétaire ne peut pas neutraliser. Donc, la politique monétaire est sans effet sur le prix mondial.
Toutefois, elle peut limiter les effets de second tour, le manque d'ancrage total des anticipations, les tensions sur le marché des changes », a déclaré M. Victor, soulignant que la politique monétaire permettra de surveiller étroitement le marché des changes comme canal principal de transmission du choc pétrolier.
Sur ce point, Jean Gardy Victor a fait comprendre que les chocs pétroliersoccasionnent une augmentation de la demande de devises. En cas d’intervention de la Banque centrale, ils peuvent accélérer la réduction des réserves.
Pour contextualiser, Jean Gardy Victor a fait référence au conflit actuelau Moyen Orient qui provoque des tensions. « Ces tensions géopolitiques se transmettent à l’économie mondiale via le canal pétrolier. Autrement dit, un choc géopolitique devient un choc macroéconomique dès qu’il a une influence sur le prix et la disponibilité des produits pétroliers », a - t-il argué, précisant qu’ « il s’agit d’un choc qui se propage généralement à travers plusieurs canaux et qui entraîne une détérioration de la balance commerciale à travers l’augmentation de la facture énergétique ».
Ce sont les prix du pétrole qui demeurent un canal majeur de transmissiondes tensions géopolitiques à l’économie mondiale. « Quand on parle de choc d’offre géopolitique, cela comprend trois dimensions : risque sur les infrastructures énergétiques dont les raffineries, les terminaux; l’incertitude sur les flux de transport maritime et la prime de risque incorporée dans les prix du pétrole dès qu’il y a incertitude », a expliqué M. Victor.
«Lorsque le conflit a éclaté, les marchés ont incorporé une prime de risquegéopolitique dans une première phase. Ensuite, si les flux physiques sont perturbés, le marché peut passer à un régime de choc d'offre effectif dans une seconde phase », a affirmé Jean Gardy Victor.
Selon une règle empirique, une baisse de 1% de l’offre mondiale peutentrainer une hausse d’environ 4% du prix du prix du pétrole. Cette règle a permis d’effectuer plusieurs scénarios, a dit Jean Gardy Victor. Ce dernier a repris les canaux globaux detransmission : l’inflation, la hausse des coûts du transport, le ralentissement de la croissance et les tensions sur les taux d’intérêt pour enchaîner ensuite avec les implications: énergie pluschère, transport plus coûteux, coûts de productions plus élevés, risques d’effets de second tour. Pour ce qui estde la croissance et la finance, il a fait mention d'une baisse du pouvoir d’achat, de pression sur les importateurs nets, de primes de risque plus élevées et de risques stagflationnistes. « Les économies importatrices nettes d’énergie, comme Haïti, sont particulièrement exposées à ces mécanismes », regrette Jean Gardy Victor.
Dans le cadre de ce travail, le dernier ajustement des prix des produitspétroliers dans le pays par le gouvernement n’a pas été pris en compte. Toutefois, l’équipe de la Banque centrale préconise une meilleure administration des prix afin de réduire la transmission immédiate à l’inflation. Elle soutient que des ajustements brusques peuvent devenir
eux-mêmes inflationnistes. En ce sens, elle prône des ajustements graduels, réguliers et mieux anticipés à des corrections discontinues. Ce qu’il faut donc retenir, à travers cette étude, c'est que la Banque centrale tire la conclusion qu’un choc pétrolier international, pour Haïti, peut rapidement devenir un choc de taux de change, de balance des paiements et de stabilité macroéconomique.
