Crédit : Le Nouvelliste
Le Conseil électoral provisoire a soumis un projet révisé du décretélectoral pour l’organisation des élections et la consultation populaire sur la révision de la constitution.
Le Conseil électoral provisoire a soumis un projet révisé du décretélectoral pour l’organisation des élections et la consultation populaire sur la révision de la constitution. Dans ce document dont Le Nouvelliste a obtenu copie, le CEP fixe des balises pour la participation des partis politiques aux prochaines joutes. Alors que plus de 300 partis politiques ont manifesté leur volonté de concourir, l’organisme électoral a exigé un nombre de sympathisants ou d’adhérents pour qu’ils soient habilités à inscrire des candidats à tous les niveaux.
«Pour être habilité à présenter des candidatures aux postes électifs, toutparti, groupement ou regroupement de partis politiques agréé par le CEP est tenu de soumettre une liste de trente mille (30 000) membres, adhérents ou sympathisants jouissant de leurs droits civils et politiques », stipule l’article 139 du projet de décret électoral dont Le Nouvelliste a eu copie.
Le Nouvelliste a recueilli les réactions de plusieurs leaders de partis surcet article. De l’avis de Claude Joseph du parti Les Engagés pour le développement (EDE), cette mesure constitue une étape importante vers l’assainissement et la crédibilisation de la vie politique nationale. “La participation de 320 partis politiques au processus électoral en cours illustre l’ampleur du désordre qui fragilise notre démocratie. Plus de 95 % de ces « formations politiques » n’ont ni existence numérique ni présence physique réelle en Haïti ; elles ne disposent d’aucun véritable ancrage populaire ou institutionnel. Elles existent davantage sur le papier que dans la vie politique nationale. Si la loi portant
formation, fonctionnement et financement des partis politiques n’a pas permis
de régulariser efficacement la prolifération des partis en Haïti, les prochaines échéances électorales offrent néanmoinsl’opportunité d’engager une véritable réforme du système. C’est dans cette perspective que le Parti EDE accueille favorablement la décision du CEP
exigeant des partis et regroupements politiques agréés la soumission d’une liste de 30 000 membres et adhérents. Le Parti EDE est prêt à se conformer à cette exigence et à soumettre sa liste”, a déclaré Claude Joseph.
Pour Jorchemy Jean Baptiste du Mouvement national pour la transparence(MNT), cette disposition est bienvenue. “Le MNT croit que c’est un bon pas dans la bonne direction. Dans une publication faite sur la page Facebook du parti, le Mouvement National pour la Transparence --Toutouni est favorable à toute mesure visant l’institutionnalisation de la vie politique en Haïti. En ce sens, le MNT supporte l'idée de conditionner la participation d'un parti politique aux joutes électorales à la preuve de sa représentativité réelle sur le
terrain. Toutefois, le seuil fixé (30 000 membres) peut encore faire l'objet d'une révision à la hausse. Le MNT croit que cette nouvelle conditionnalité peut encourager les partis politiques à consacrer graduellement leur institutionnalisation effective”, a réagi Jorchemy Jean Baptiste.
De l’avis de Jerry Tardieu, ancien député de Pétion-Ville et président ducomité d’orientation stratégique du parti En Avant , il faudrait augmenter le seuil à 100 000 membres. « Je suis non seulement d’accord avec l’article 139 du décret électoral mais j’aurais même mis le seuil à 100 000 membres ! C’est une façon d’éviter que le vote soit éparpillé et que les électeurs n’aient à choisir entre 50, 100 ou 150 candidats. Cette approche encourage les regroupements de partis politiques et, à fortiori, le choix des meilleurs candidats à l’intérieur de ces dits regroupements. Voter sur un bulletin ou
figure 50 candidats peut être considéré comme une parodie de démocratie. Il
faut prendre des décisions pour consolider l’offre politique électorale et permettre aux citoyens de fai re des choix plus éclairés. Autre avantage d’une telle disposition, c’est de rationaliser l’allocation des fonds publics destinés aux partis qui vont concourir aux élections », a soutenu Tardieu.
Même son de cloche de la part d’André Michel, ancien candidat à laprésidence et au Sénat, membre de l’Accord du 21 décembre. Selon lui, l’intention du CEP est bonne. “Il s’agit de pousser les Partis Politiques à se mettre en bloc pour mieux aborder les prochaines compétitions électorales. Nous avons environ 300 partis politiques agréés par le Conseil électoral provisoire.
Avec ce nombre si nous voulons être sérieux, nous devons reconnaître que les élections ne sont pas faisables. Nonobstant les préoccupations légales soulevées par cette proposition, nous devons reconnaître le bienfondé de l’intention du Conseil électoral. La multiplication des partis politiques est une dérive de notre jeune démocratie.Nous devons apporter les corrections nécessaires”, a-t-il dit.
Dans la foulée, André Michel a dénoncé un manque de volonté de l’exécutifd’organiser les élections. “Je regrette que le décret et le budget des élections n’aient pas été adoptés au Conseil des ministres de ce mercredi. Cela risque de retarder davantage les élections alors que le mandat politique de Monsieur Fils-Aimé consiste essentiellement à faire les élections en 2026. Cela fait pratiquement 90 jours depuis que le Premier ministre Fils-Aimé est seul maître à bord, mais le dossier des élections reste à l’arrêt ! Trèshonnêtement, j’ai des doutes sur la volonté du gouvernement de réaliser les
élections cette année”, dénonce-t-il.
Le parti Alliance pour une société sans exclusion (ASE) est favorable àl’exigence de représentativité prévue à l’article 139. C’est ce qu’a indiqué Rosny Cadet, vice-président du parti au Nouvelliste. "Un parti politique doit prouver qu’il existe réellement dans la population. Donc, pour inscrire un candidat à l’élection présidentielle, le parti devrait soumettre une liste de 100 mille membres et 30 mille pour lesautres postes…Nous appelons les citoyennes et citoyens à faire preuve de vigilance et de sérieux : une carte électorale, un parti politique. C’est à ce niveau que se mesurera la véritable force des partis sur le terrain, au-delà des discours.
ASE soutient également le principe du remboursement des frais de campagne en
fonction des résultats électoraux. Cela encouragera la responsabilité, la transparence et limitera les candidatures opportunistes. En structurant la vie politique, nous rendons un service direct au pays", estime Rosny Cadet.

